Sénégal : 51 accords pour 13 200 milliards FCFA, le pari de l’investisseur renaît à FII Sénégal 2025
19 octobre 2025

Sénégal : 51 accords pour 13 200 milliards FCFA, le pari de l’investisseur renaît à FII Sénégal 2025

Par Tim ADJOGLA

Les points clés :

  • Le Forum Invest in Sénégal 2025 (FII Sénégal) s’est clôturé avec la signature de 51 projets et conventions, pour un montant annoncé de 13 200 milliards FCFA (≈ 23,5 milliards USD).

  • Ces engagements témoignent d’un regain de confiance des investisseurs internationaux, dans un contexte de réformes institutionnelles : nouveaux codes, digitalisation du guichet unique, révision du Code minier, etc.

  • Le défi désormais : convertir ces intentions en projets tangibles, dans un contexte de dette élevée, de contrainte budgétaire et de pressions macroéconomiques.


La deuxième édition du Forum Invest in Sénégal, tenue les 7 et 8 octobre 2025 à Diamniadio (CICAD), a affiché des ambitions élevées. Animé sous le thème “Connecting opportunities, building the future”, l’événement a mobilisé 11 772 participants venus de 70 pays selon le Premier ministre Ousmane Sonko. En clôture, Sonko a annoncé des engagements pour 13 211 milliards FCFA, soit environ 23,5 milliards USD, matérialisés par 51 accords et conventions. Les montants dépassent largement l’objectif initial fixé à 10 000 milliards FCFA, illustrant une attractivité en hausse.

Ces engagements couvrent des secteurs stratégiques tels que l’énergie (notamment gaz, solaire, éolien), les infrastructures (routes, ports, transports), l’agro-industrie, le numérique, la transformation minière et pétrochimique, ainsi que l’économie bleue. Le Forum a aussi permis l’annonce de réformes structurelles : nouvelle mouture du Code des investissements, refonte des codes fiscaux et douaniers, réformes foncières, modernisation du guichet unique via l’APIX, renforcement du droit du travail et simplification administrative.

L’Agence de Promotion des Investissements et des Grands Travaux (APIX) a pris position comme acteur central, avec un guichet unique digitalisé pour fluidifier les démarches et réduire les délais. Le Directeur Général d’APIX, Bakary Séga Bathily, a insisté sur la position du Sénégal comme plateforme régionale pour attirer capitaux, technologies et expertises, en s’appuyant sur sa stabilité politique et ses réformes structurelles.

Attractivité renforcée face aux défis macroéconomiques

Le contexte extérieur est favorable : l’Afrique connaît une montée notable des flux d’investissements directs étrangers (IDE), et les États africains multiplient les forums pour capter une part de ces capitaux. Le Forum sénégalais se veut être à la hauteur de ces ambitions : dans les communications officielles, le Sénégal se présente comme un hub entre l’Afrique et le monde, un point d’entrée pour les investisseurs continentaux et internationaux.

Pour 2025, le gouvernement espère tirer parti notamment de la première exploitation gazier du champ Yakaar-Teranga, des projets d’énergie renouvelable, d’infrastructures portuaires (port de Ndayane), et des corridors de transport régionaux. Le secteur numérique est aussi mis en avant : création d’un cloud souverain, centre de données national, soutien aux startups fintech, intelligence artificielle, cybersécurité.

Ces ambitions claires sont cependant confrontées à des réalités internes plus complexes. Le Sénégal gère une dette publique très élevée, avec des révélations récentes d’arriérés non déclarés dans le passé, ce qui a fragilisé la confiance des marchés. Le gouvernement a récemment annoncé un plan de redressement, visant notamment la réforme fiscale, l’élargissement de l’assiette, la réduction des subventions et une meilleure discipline budgétaire. Cet effort de transparence est essentiel : nombre des engagements annoncés dans ce type de forums restent des intentions, non des flux effectifs.

Une autre incertitude concerne la capacité administrative de l’État à accompagner ces projets, assurer les terrains, sécuriser les investissements, lever les freins réglementaires et assurer le suivi rigoureux. De nombreux projets, dans le passé, sont restés au stade d’intentions faute de mise en œuvre.

Scénarios de mise en œuvre et risques

La conversion des engagements en projets effectifs dépendra de plusieurs conditions :

Premièrement, le financement : tout engagement doit être transformé en financement réel (banque, capitaux privés, subventions, co-investissements) pour passer de l’intention à l’acte. Le Sénégal devra convaincre les bailleurs, les banques et les investisseurs quant à la viabilité des projets.

Deuxièmement, la mise à disposition des terrains, la sécurisation foncière, les permis, la conformité environnementale. Si ces étapes sont lentes ou contestées, les projets peuvent stagner.

Troisièmement, le renforcement des capacités internes : expertise technique, institutions de suivi, coordination interministérielle, transparence dans l’exécution, audits indépendants.

Quatrièmement, le facteur régional et logistique : certains projets, notamment les infrastructures de transport, les corridors, les ports, nécessitent des synergies régionales, des intégrations avec les pays voisins, des financements multi-pays.

Enfin, le contexte macro : le Sénégal ne peut ignorer son niveau de dette, l’évolution des taux d’intérêt mondiaux, la volatilité des prix des matières premières, la pression inflationniste, ainsi que les conditions du marché mondial.

Plus encore, le risque de « promesse non tenue » est réel : de nombreux forums d’investissement en Afrique ont généré des annonces astronomiques, dont seule une fraction se matérialise. Le défi de crédibilité est donc majeur : transformer le “verbal” en “réel” sera le juge de valeur de cette édition.

Pourquoi est-ce important ?

Parce que ce forum, s’il est bien suivi, pourrait marquer une mutation profonde dans la manière dont l’Afrique de l’Ouest, et le Sénégal en particulier, attire, structure et concrétise les investissements privés. Il existe un double enjeu : tirer parti de ce moment favorable sur les marchés mondiaux, tout en consolidant la crédibilité interne.

Pour l’économie sénégalaise, ces annonces peuvent débloquer des projets d’infrastructures (routes, énergie, ports), stimuler l’agro-industrie, renforcer le secteur numérique, et créer des emplois, si les réformes et l’exécution tiennent. Le défi est de faire en sorte que les investissements ne restent pas sur le papier mais deviennent moteurs de croissance réelle.

Dans le contexte de l’Afrique de l’Ouest, FII Sénégal 2025 peut servir de référence et de catalyseur : les pays voisins observeront la conversion de ces engagements et s’inspireront ou se différencieront selon les résultats. Le forum renforce la concurrence régionale pour attirer les flux capitaux, et peut contribuer à consolider le Sénégal comme hub régional de l’investissement et de la connectivité.

Mais surtout, le forum expose une vérité centrale : l’attractivité d’un pays ne repose pas uniquement sur les ressources ou le marché, mais sur la capacité à transformer intention en action, à tenir ses engagements, à bâtir des institutions fortes, à garantir transparence et suivi. Si le Sénégal réussit ce pari, il aura renforcé sa position régionale, restauré la confiance des investisseurs et tracé un chemin vers une industrialisation plus résiliente.

Enfin, dans un contexte de crise de la dette africaine, avec des tensions grandissantes sur le service de la dette, des risques de défaut, des incertitudes macro, ce genre de forum doit être un moment de vérité. Si les projets annoncés ne sont pas mis en œuvre, cela pourrait créer davantage de scepticisme. Si au contraire ils se réalisent, ce sera un signal fort que l’Afrique peut transformer ses atouts en croissance durable.

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